Question et réponses sur l'anarchisme

Il y a quelques années, lors d'une discussion avec un amis portant sur la politique, il m'a posé beaucoup de questions sur l'anarchisme. J'avais répondu à ses questions par message, mais j'avais aussi voulut répondre de manière plus longue, plus approfondie, pour pouvoir réfléchir de mon côté aux questions et réponses.

Voici donc le texte intégrale de la question :

Et tu fais quoi pour les travaux d'ordre publics ? Y'a des assos qui s'en occupent c'est ca ? Donc t'en a qui travaillent pour le bien commun et d'autres qui travaillent pour eux ? Et si tu me réponds : "bah nan, ils travaillent tous pour le bien commun ! " Donc y en a qui ramassent les poubelles pour tout le monde; mais pq tu serais technicien de surface "gratuitement" alors que ton pote a boulot pépère qui ne demande aucune qualification non plus ? Et tu dis qu'il n'y a pas de distinction de "rôle dans cette société anarchique" entre les différentes personnes, quelques soit leur métiers et qualification. Donc le chirurgien qui bosse 12h par jour et qui a un travail qui demande 10 ans d'études complexes et qui est un travail a la fois difficile physiquement et moralement aurait les mêmes privilèges/droit que le boulanger/caissier ? Et vu que ce sont des associations à but non lucratif (et qui d'ailleurs ne récoltent pas d'argent vu que ca n'existe pas comme tu m'as dit), j'imagine que l'inscription dans une de ces association est du volontariat. Et si un mec refuse de s'inscrire, ou bien s'inscrit en tant que vendeur et ne vient qu'un jour sur 3 en feignant d'être malade tu fais quoi ? Puisque tu m'as dit que c'est la population elle même qui règle la justice, ca veut dire que moi j'ai le droit d'aller chez le mec et de le battre parce qu'il ne vient qu'un jour sur 3 ? Et si mon voisin est pas d'accord et veut le tuer, tandis que la grand mère du dessus ne veut pas qu'on y touche, qui a raison ? On fait quoi du mec ? Et si un PDG d'entreprise (vu qu'il en faut bien) recrute un gars qui au final fait mal son boulot, est ce qu'il a le droit de le virer? (sachant que le chômage "anarchique" correspond a une exploitation des autres sans que tu ne donnes aucun service, on est d'accord ?) De le punir ? Si oui, ce PDG a donc bel et bien une supériorité par rapport aux autres nan ? Et stp [N07070] me dit pas que yaura pas de PDG et que l'entreprise va fonctionner sans chef, grace a la décision commune des ouvriers, parce que tu sais très bien que c'est absurde et que les ouvriers en question n'ont absolument pas le recul nécessaire pour ca, ni le temps pour ca vu qu'ils fabriquent leur produit.


Je vais donc découper cette questions en plusieurs parties, et répondre à chacune de ces parties de la façon la plus claire possible.

Et tu fais quoi pour les travaux d'ordre publics ? Y'a des assos qui s'en occupent c'est ca ? Donc t'en a qui travaillent pour le bien commun et d'autres qui travaillent pour eux ? Et si tu me réponds : "bah nan, ils travaillent tous pour le bien commun ! " Donc y en a qui ramassent les poubelles pour tout le monde; mais pq tu serais technicien de surface "gratuitement" alors que ton pote a boulot pépère qui ne demande aucune qualification non plus ?

Notre société actuelle à tendance à dissocier les gens des endroits où ils vivent. Prenons l'exemple d'un quartier aujourd'hui, et tel qu'il pourrait fonctionner autrement. Les ordures sont ramassées par des services de voirie, les trottoirs entretenus par les BTP municipaux, etc... En somme, les services sont centralisés par un petit nombre de personnes. Les habitants sont de plus en plus exclus de la gestion de l'endroit où ils vivent, que ce soit dans les commerces qui ne sont tenu par des épiciers mais des grands groupes, dans la gestion des parcs et jardin, fermé à partir d'une certaine heure à la décision de on-ne-sait-qui... Il existe aussi une volonté à travers l'urbanisme de nos villes de contrôler plus facilement les populations y vivant. Les boulevards percé à Paris par le baron Haussmann servaient à envoyer l'armée plus facilement contre la population, par exemple.

Ainsi, plusieurs formes d'alternatives peuvent prendre place. La première, c'est celle où les habitants du quartier reprennent directement le contrôle, que ce soit en balayant les rues, en faisant attention aux ordures, ou détruisant les parking pour en faire des squares, comme à Exarchia.

Il apparaît alors que le travail que chacun doit faire dans son quartier pour le rendre vivable est minime, et passe surtout par des gestes simples dans la vie de tout les jours. Un autre grand avantage, c'est que les murs deviennent rapidement beaucoup plus beau, quand la mairie ne repasse pas le street art tout les vendredi soir.


Et tu dis qu'il n'y a pas de distinction de "rôle dans cette société anarchique" entre les différentes personnes, quelques soit leur métiers et qualification. Donc le chirurgien qui bosse 12h par jour et qui a un travail qui demande 10 ans d'études complexes et qui est un travail a la fois difficile physiquement et moralement aurait les mêmes privilèges/droit que le boulanger/caissier ?

Tout d'abord, considérons l'absurdité dans lequel le capitalisme nous fait vivre. Alors que le progrès nous permettrai à tous d'avoir des machines pour subvenir à tous nos besoins, ou même sans machine, notre savoir nous permet de nourrir tout le monde dès aujourd'hui, mais pourtant, des millions de gens vivent dans la faim tout les jours, et ce dans nos villes d'Europe comme à l'autre bout du monde.

Cela est dû au fait qu'au lieu de répondre à un besoin, le capitalisme pousse au profit. Et ce profit ne peut être obtenue que par l'exploitation des humains, mais je t'invite à lire le Capitale de K. Marx à ce sujet.

L'idée d'une société parfaitement sans distinctions est fausse, car en réalité, non seulement ce n'est pas souhaitable car nous conservons tous notre spécificité, nos faiblesses et préférences et ce n'est pas non plus possible pour les mêmes raisons. Il existe bien sûr une différence entre les rôles des personnes, mais il subsiste des différences notables avec une société capitaliste.

Pour en revenir à nos chirurgiens et boulanger, il faut déjà savoir que le travail d'une personne possède une valeur subjective ( la valeur que une personne accorde à son travail ) et une valeur marchande ( la valeur qu'une personne est prête à attribuer à ton travail ). Par exemple, une personne qui meurt de faim aura bien plus besoin du boulanger et de son pain que du chirurgien, et à l'inverse, si tu viens de te faire couper la main, une chocolatine t'aidera pas beaucoup...

De manière un peu plus général, un travail n'a pas plus de valeur qu'un autre, si ce n'est la valeur que la société lui attribut. Il y a bien plus de gloire à être ingénieure que poète de nos jours, mais j'ai ressenti bien plus en lisant Rimbaud que en regardant cette caméra dans le métro qui nous surveille à tout heure de la journée, comme en prison.

Déjà, il faut considérer que en nous débarrassant du capitalisme notre chirurgien et notre caissier/boulanger ne vont pas devoir travailler parce qu'ils doivent le faire sous peine de mort ( de faim ), mais qu'ils le font car c'est quelque chose qu'ils aiment faire.. En plus de cela, grâce justement au caractère volontaire et libre du travail, le chirurgien peut devenir peintre et le boulanger, architecte.


Et vu que ce sont des associations à but non lucratif (et qui d'ailleurs ne récoltent pas d'argent vu que ca n'existe pas comme tu m'as dit), j'imagine que l'inscription dans une de ces association est du volontariat. Et si un mec refuse de s'inscrire, ou bien s'inscrit en tant que vendeur et ne vient qu'un jour sur 3 en feignant d'être malade tu fais quoi ?

Une société anarchiste est composée d'associations de personnes libre. Souvent, ces associations sont en réalité des groupes de personnes voulant faire quelque chose et mettant leurs forces en commun. Une bande d'amis avec un projet, en gros. L'adhésion est libre, et le départ aussi.

Comme je l'ai dit dans la réponse ci-dessus, la personne est libre dans ses choix : ainsi, si elle ne souhaite pas travailler, elle est libre de ne pas le faire. Toutefois, comme le démontre Emma Goldman, un homme cherche à travailler, à créer, car cela donne une signification à sa vie. Cette soif de création est une valeur : certains vont essayer de faire les meilleurs plats possible, d'autres seront heureux en tant que paysans, d'autres préfèrent étudier les astres.

Aujourd'hui, notre origine détermine presque totalement les possibilité de notre vie. Ce n'est pas par hasard que la majorité des gens sortant de l'ENA sont des hommes blancs. À cause de l'obligation que nous avons de gagner de l'argent et notre dépendance du bon vouloir des patrons à nous embaucher, car c'est eux qui possède les entreprises, nous ne pouvons pas choisir ni changer de métier librement.


Puisque tu m'as dit que c'est la population elle même qui règle la justice, ca veut dire que moi j'ai le droit d'aller chez le mec et de le battre parce qu'il ne vient qu'un jour sur 3 ? Et si mon voisin est pas d'accord et veut le tuer, tandis que la grand mère du dessus ne veut pas qu'on y touche, qui a raison ? On fait quoi du mec ?

La population ( le peuple ) se différencie de l'État ou du Gouvernement, mais en même temps, est le seul corps législatif. Ainsi, Rousseau fait une séparation entre les différentes parties de la société, l'anarchiste va au contraire chercher à faire disparaître ces différences, source d'inégalités. Mais j'y reviendrai.

Une personne est libre ou non de travailler dans ta coopérative, ce qui fait donc que de ton côté, tu n'a pas à attendre de lui un engagement contre sa volonté. Si il ne vient d'un jour sur 3, il est libre de le faire. Par contre, il est évident que si il ne fait rien durant les 3 autres jours, il va commencer à très vite s'ennuyer, et malgré le fait que il n'a pas besoin de travailler, il va le faire de lui même; mais pas forcément dans une entreprise, peut-être comme indépendant.

Aussi, dire qu'il s'agit de ton entreprise est faux : toutes les personnes la composant en ont une responsabilité partagée.

Ensuite, il y a autre chose à considérer : combien devons nous travailler ? Est-ce que comme le prétendaient les patrons, il faut travailler jusqu’à sa mort 16 heures par jours ? Or, le temps de travail diminue de plus en plus grâce aux luttes syndicales, et pourtant les profits continue, et la société ne s'est pas encore effondrée.. On peut se demander si la logique et la valeur du travail sont vraiment bénéfique. L'anarchisme n'est pas une philosophie de feignant, car au contraire, nous reconnaissons le droit à tous de travailler, mais uniquement de le faire librement, libéré de contraintes économiques, ou sociales.

Quand à la justice, quelle rôle à-t-elle aujourd'hui ? Quand on se penche un peu sur les jugements rendu en fonction de la marque de ton costard, on se rend compte que la justice n'est basé sur l'égalité ou la paix, mais sur la répression. Lagarde à été dispensée de peine pour avoir volé 400 millions d'euro, mais les flics ayant tué Adama Traoré sont libres. Notre système de justice actuel est basé sur la répression.

En ce qui concerne la justice anarchiste, elle est fondamentalement différente de celle qui est à l’œuvre dans notre société. Vu qu'il n'existe pas de dispositif central de pouvoir, il n'y a pas de moyens pour avoir un système de prison national, de police, de répression... Max Stiner disait : Aux mains de l'État, la force se nomme droit, aux mains de l'individu, elle se nomme crime.

Condamner quelqu'un pour un crime en l'excluant de la société est un non-sens. Le crime est dû justement à une mise à l'écart de la société dans la plupart des cas, surtout à cause de la pauvreté. De plus, une autorité centralisée va se pencher sur le criminel, mais presque jamais sur la victime.

Un système de justice anarchiste va à l'encontre de tout cela. En effet, une justice décentralisé va être réalisé par la communauté qui en est responsable. Cette justice sera donc de proximité, ce qui lui permet d'être beaucoup plus démocratique, notamment avec la nomination aléatoire par exemple, beaucoup plus compréhensive, car les habitants jugeant sont aussi les habitants étant concernés.

Toutefois, un des soucis qui se pose, c'est la réaction spontanée et émotionnelle. Bien que cette réaction soit vraie pour le système actuel, il faut pouvoir trouver un moyen pour éviter que des crimes soient jugé sous l'émotion produite par ce crime. Une solution à cela serait de faire rendre le jugement par des personnes extérieure à l'affaire, géographiquement et socialement. On pourrait imaginer un jugement via une communication internet par exemple, une sorte de conférence dématérialisée.

En conclusion, la justice anarchiste est logiquement basé sur la justice réparatrice.

Et si un PDG d'entreprise (vu qu'il en faut bien) recrute un gars qui au final fait mal son boulot, est ce qu'il a le droit de le virer? (sachant que le chômage "anarchique" correspond a une exploitation des autres sans que tu ne donnes aucun service, on est d'accord ?) De le punir ? Si oui, ce PDG a donc bel et bien une supériorité par rapport aux autres nan ?

Contrairement à ce que tu semble tenir pour acquis, il ne faut pas forcément une organisation hiérarchique pour organiser une entreprise. On peut avoir différents postes, en fonction des capacités de chacun, certes, mais l'autorité au travail n'est pas nécessaire et est même nocive. Une réflexion a d'ailleurs été menée dans ce sens par Richardo Semler.

Grâce au principe de syndicat libre, nous ne pouvons pas considérer que l'on "recrute" quelqu'un : on ne fait que l'accepter avec son accord. On peut toujours exclure quelqu'un d'un syndicat, mais pas parce qu'il ne répond pas aux attente d'une personne au sein du groupe.

Le chômage est un principe capitaliste : il définit quelqu'un qui n'a pas de travail. Or, si tu n'a pas de travail 'officiel' tu peux quand même travailler de façon libre : un parent s'occupant de ses enfants, un artiste, un philosophe...

Par contre, ce que tu définis comme "a une exploitation des autres sans que tu ne donnes aucun service", c'est plutôt le rôle du patron : il vit sur le dos de ses employés, et leur volant leur droit à la détermination personnelle et le fruit de leur labeur; il les exploite. Un exemple simple : un patron d'une usine paye ses employés 15$ de l'heure. Chacun de ses employés produit deux meubles par heure valant $45. Or, pour les faire, il y a besoin de machine. Le patron possédant les machines, laisse l'employé les utiliser, mais va en contrepartie vendre les meubles produit, et empocher 30$ de profit. Ce profit c'est du vol. En effet, les ouvriers devraient normalement toucher $45 de l'heure chacun.

Ainsi, ce PDG a un rôle injustfié, son autorité n'est pas nécessaire et il ne doit donc pas exister dans ce rôle. Il est du devoir de chacun de se révolter et de saisir les moyens de productions.

Et stp [N07070] me dit pas que yaura pas de PDG et que l'entreprise va fonctionner sans chef, grace a la décision commune des ouvriers, parce que tu sais très bien que c'est absurde et que les ouvriers en question n'ont absolument pas le recul nécessaire pour ca, ni le temps pour ca vu qu'ils fabriquent leur produit.

On peut prendre exemple sur le système de transport de Barcelone durant la guerre d’Espagne en 1936. On note que " L’histoire de la gestion ouvrière directe du système de transport public de Barcelone durant la révolution et la guerre civile espagnole dans les années 1930 est une illustration de la capacité des travailleurs de diriger en direct les industries dans lesquelles ils travaillent . ".

Dans la Barcelone pré-révolutionnaire de 1936, le tramway était géré par "Tranvias de Barcelona " une société principalement détenue par des investisseurs belges. La société de tramways fonctionnait sur 60 lignes qui quadrillaient la ville et s’étendait dans les banlieues proches.

Sur les 7000 travailleurs de cette société, 6500 adhéraient au Syndicat des transports de la Confédération Nationale du Travail (CNT). Le syndicat des transport était une organisation totalement démocratique, fonctionnant par Assemblées générales et conseils de délégués élus, alors que l'entreprise elle-même n'était pas du tout démocratique.

Le 20 juillet, un groupe armé du Syndicat des Transports CNT découvre que la direction des Tramways de Barcelone avait fuit. Une assemblée générale des travailleurs du système de transport s’est alors tenue le jour suivant et a voté à une très large majorité l’expropriation des propriétaires au nom du peuple. Trois lignes privées de bus, deux funiculaires et le métropolitain ont ainsi été réquisitionnés en même temps que les tramways.

Ensuite, les travailleurs ont réussit à remettre en place le système de tram en cinq jour pourtant malmené par les combats de rue (ce qui prouve la volonté bien plus grande de travailler librement que sous contrainte. ), de façon bien plus efficace et bien plus égalitaire que ce qui se faisait jusqu'alors. ( En plus de cela, le système de transport adopte une tarification unique, augmente sa ponctualité...).

Ça a déjà été fait en Espagne, dans les communautées zapatistes au mexique, qui sont des zones autonomes, révolutionnaires et anarchiste, en activité et qui fonctionnent depuis 1994. Un exemple plus récent est celui d'une usine grecque fermée par son patron, en 2015. Les ouvriers syndiqués ont décidé de l’occuper et de relancer une production écolo de manière autogérée grâce à un formidable soutien populaire. L'un des ouvriers, Dimitri, résume la situation avec brio : " Le patron est parti, pourquoi chercher à en avoir un autre ? Je l’ai vu deux fois en deux ans. On n’avait pas besoin de lui pour se servir des machines qu’on utilise tous les jours. "


N.B.: Mes positions et idées ne représentes par forcément l'ensemble des idées anarchistes. De plus, comme le dit Emma Goldman, l'anarchisme ne se théorise pas, il s'essaye. Il ne s'agit donc pas d'une vision universelle ou définitive.

Sources :


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